Biographie
Trench Town, ce quartier de Kingston dont le nom seul évoque autant la misère que la gloire, a vu naître bien des destins singuliers. Celui de Torch s'inscrit dans cette lignée d'artistes forgés par la rudesse des rues jamaïcaines, mais qui ont choisi la mélodie plutôt que la violence comme arme de survie.
Contrairement à beaucoup de ses contemporains, le jeune homme a d'abord misé sur les livres. Pendant que d'autres cédaient aux sirènes des corners, lui intégrait la chorale de son école, puis rejoignait le Little People and Teen Players Club, ces structures communautaires qui ont sauvé tant de gamins des ghettos. La musique était déjà là, tapie dans l'ombre, attendant son heure.
Elle a frappé en 1997, quand il décroche un poste d'ingénieur du son aux Black Roots Studio. Un compromis malin : gagner sa vie tout en baignant dans les sessions d'enregistrement, en apprenant les secrets du mixage et de la production. Six années d'apprentissage dans l'ombre des consoles avant que le destin ne s'accélère.
Septembre 2003 marque le tournant. Sous le nom de Honey Cone, l'artiste en devenir rencontre Donovan Germain, patron du mythique Penthouse Recording Studio. À la même époque, Tony Rebel, figure tutélaire du reggae conscious, le rebaptise Torch. Une torche, donc. Celle qui éclaire les consciences ou qui met le feu aux dance halls ? Sans doute les deux. Les singles s'enchaînent rapidement : "Quality Time", "So Let It Be", puis "Fire Burning", qui devient le morceau d'ouverture des sets de Fire Links.
En 2005, Buju Banton l'embarque en tournée. Barbados, Saint-Kitts, Saint-Martin, puis les États-Unis : Atlanta, Miami, Orlando, New York. Le Madison Square Garden. Pour un gamin de Trench Town, jouer dans cette arène new-yorkaise, c'est un peu comme décrocher la lune avec les mains. Les scènes jamaïcaines suivent naturellement : Rebel Salute, Reggae By The River, Bob Marley Birthday Celebration.
La décennie suivante le voit conquérir l'Europe sous la bannière "Mr Good Reggae Music", titre programmatique s'il en est. L'Allemagne devient un terrain de jeu privilégié : Reggae Jam, Culture Fest en Suisse, YAAM Festival à Berlin. Il partage l'affiche avec Gentleman et Chronixx, preuve que la nouvelle garde le reconnaît comme un pair.
En 2014, la collaboration avec Comar "Frankie" Campbell, producteur auréolé d'un Grammy, accouche de "Self Reclaimed". Torch enchaîne ensuite avec DJ Kurt Riley, fils du légendaire Winston Riley des Techniques Records, puis Silly Walks Discotheque, Evidence Music et Weedy G Soundforce.
Son registre ? Un reggae roots ancré dans la tradition, porté par une voix chaleureuse et des textes qui parlent au quotidien des sufferers sans sombrer dans le misérabilisme. Torch n'a jamais prétendu réinventer la roue, mais il la fait tourner avec une régularité et une sincérité qui forcent le respect.