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Alpha Blondy
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Alpha Blondy

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Biographie

Il y a des artistes qui naissent dans la musique. Et puis il y a ceux qui naissent dans le fracas du monde, traversent des continents et des tempêtes intérieures avant de trouver leur voix. Seydou Koné, que la planète reggae connaît sous le nom d'Alpha Blondy, appartient à cette seconde catégorie, celle des prophètes forgés par l'errance et les épreuves.

Le 1er janvier 1953, dans la chaleur de Dimbokro, petite ville du centre de la Côte d'Ivoire, naît un gamin que sa grand-mère va élever « chez les anciens », selon ses propres mots. Cette éducation traditionnelle, imprégnée de spiritualité et de sagesse mandingue, va marquer au fer rouge celui qui deviendra la voix des sans-voix du continent africain. Mais avant cela, il y aura un long chemin de traverse.

À neuf ans, Seydou rejoint sa mère à Abidjan, puis la suit à Odienné où son beau-père travaille pour une compagnie française. C'est là, dans cette ville du nord-ouest ivoirien, que l'adolescent commence à se faire un nom. On l'appelle déjà Elvis Blondy, en hommage au King dont il admire le charisme explosif. En 1972, il préside même la section locale du mouvement étudiant. Le garçon a du bagou, de l'énergie à revendre, et une passion dévorante pour la musique qui ne le quittera plus.

L'année suivante, le voilà au Libéria, à Monrovia, où il perfectionne son anglais tout en donnant des cours de français. Treize mois d'immersion dans ce pays anglophone d'Afrique de l'Ouest, premier jalon d'une quête qui va le mener jusqu'aux États-Unis. Car en 1976, Seydou Koné débarque à New York, la ville qui ne dort jamais, avec dans ses bagages plus de rêves que de dollars.

Le jeune Ivoirien s'inscrit d'abord dans une école de commerce, puis au Hunter College, avant d'intégrer l'American Language Program de la prestigieuse Columbia University. Mais la musique l'appelle plus fort que les diplômes. Il abandonne ses études, file au Texas. On imagine le choc culturel, le fils de Dimbokro débarquant à Waco, puis revient dans l'État de New York où le destin lui fait croiser la route de Clive Hunt, musicien jamaïcain qui a travaillé avec les plus grands de Kingston.

Hunt lui présente The Sylvesters, groupe de musiciens dominicains qui écument les petites salles de la région. Alpha assure leurs premières parties, interprétant ses propres compositions et reprenant Bob Marley en français. Une audace qui témoigne déjà de sa volonté de s'approprier le reggae pour en faire un véhicule universel. Il enregistre même huit titres au studio Eagle Sound de Brooklyn sous la direction de Hunt. Ces bandes ne verront jamais le jour, mais l'expérience est gravée dans sa chair : il sait désormais qu'il peut rivaliser avec les meilleurs.

Après quatre années américaines, le retour au pays au début des années 80 aurait pu sonner comme un aveu d'échec. C'est tout le contraire qui se produit. En 1981, Roger Fulgence Kassy, animateur vedette de la télévision ivoirienne et ami d'adolescence, l'invite dans son émission « Première chance ». L'effet est immédiat : la Côte d'Ivoire découvre un artiste habité, au charisme magnétique, qui chante le reggae comme s'il l'avait inventé.

Le producteur George Benson flaire le coup et lui propose d'enregistrer son premier album. *Jah Glory* sort fin 1982 sur Syllart Records, le label du visionnaire Ibrahima Sylla. Un titre, surtout, va faire basculer Alpha Blondy dans une autre dimension : « Brigadier Sabari ». Cette supplique adressée aux forces de l'ordre, « Brigadier, pitié ! », dénonce avec une frontalité inédite les violences policières. Le morceau explose en Côte d'Ivoire, se répand comme une traînée de poudre dans toute l'Afrique de l'Ouest, puis traverse la Méditerranée. Alpha Blondy vient de prouver que le reggae pouvait naître ailleurs qu'en Jamaïque, qu'il pouvait parler dioula, baoulé ou français, et porter les colères d'un continent entier.

Les albums s'enchaînent alors à un rythme soutenu : *Cocody Rock!* en 1984, *Apartheid Is Nazism* en 1985, puis ce *Jérusalem* de 1986 qui reste probablement son chef-d'œuvre, hymne œcuménique appelant à l'unité des trois religions du Livre. La chanson-titre, avec son refrain entêtant et son message de paix universelle, devient un standard mondial du reggae. En 1987, *Revolution* confirme son statut de star internationale, capable de remplir les salles sur tous les continents.

Car Alpha Blondy n'est pas qu'un chanteur de studio : c'est une bête de scène d'une intensité rare. Accompagné de son Solar System, groupe qui porte bien son nom tant il orbite autour de son soleil avec une précision millimétrée, il transforme chaque concert en communion mystique. Son entrée en scène sur le Psaume 23 donne le ton : nous sommes ici pour quelque chose de plus grand que nous.

Musicalement, Alpha a su forger un style immédiatement reconnaissable : un reggae roots irrigué de sonorités africaines, parfois teinté de rock, porté par des mélodies imparables et une voix capable de passer de la douceur à la rage en quelques mesures. Son multilinguisme, français, anglais, dioula, baoulé, lui permet de toucher des publics que le reggae jamaïcain traditionnel n'atteint pas toujours. Il n'imite pas Kingston : il dialogue avec elle d'égal à égal.

Les décennies passent, les albums continuent Masada, Yitzhak Rabin, Elohim, Jah Victory, Mystic Power, jusqu'à Eternity en 2022 et Rise en 2025, et Alpha Blondy ne déroge jamais à sa ligne : chanter l'amour, la tolérance, l'unité entre les peuples et les religions, tout en dénonçant l'injustice et la corruption avec une franchise qui lui a valu autant d'admirateurs que d'ennemis. Nommé ambassadeur de l'ONU pour la paix en Côte d'Ivoire en 2005, élevé au rang de Commandeur des Arts et des Lettres en France, il n'a jamais laissé les honneurs émousser sa parole.

Quarante ans après « Brigadier Sabari », l'enfant de Dimbokro demeure ce qu'il a toujours été : un prophète électrique, excessif parfois, mais d'une sincérité désarmante. Le reggae africain lui doit tout, ou presque.

Discographie

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