Neuf ans d'absence discographique. Le temps qu'il faut à certains pour oublier leurs rêves, à d'autres pour les affûter. Le Néerlandais d'origine caribéenne revient avec un EP de sept titres sur Oneness Records, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas pris la rouille.
Il y a des artistes qui disparaissent des radars et qu'on retrouve essoufflés, accrochés à leurs vieilles gloires comme à une bouée percée. Ziggi Recado n'est pas de ceux-là. Depuis Therapeutic en 2017, le natif de Rotterdam aux racines saint-eustachiennes a pris son temps, laissant filer quelques singles au compte-gouttes, histoire de nous rappeler qu'il existait encore. Elevation arrive donc comme une confirmation : le bonhomme sait toujours où il va.
Le mariage avec Oneness Records, écurie allemande réputée pour son sens du roots moderne, coule de source. La production fait le job sans esbroufe : basses profondes qui vous massent les cervicales, riddims qui respirent, et cette patine dub qui enveloppe l'ensemble sans jamais l'étouffer. On est loin des usines à tubes aseptisés.
Côté titres, Boom Meditation avait déjà fait parler la poudre en début d'année. Sa suite logique, One Step Forward, confirme l'élan. Mais c'est dans les inédits que l'EP révèle sa vraie personnalité. Wheels Keep Turning, duo avec le Jamaïcain Rik Jam, offre un échange vocal d'une fluidité rare – deux voix qui se cherchent, se trouvent et finissent par danser ensemble. Don't Stay Far, elle, caresse l'oreille avec cette douceur lovers rock qu'on croyait réservée aux vieilles pépites de Studio One.
Mention spéciale à Nice Ting : enfin un tune ganja qui ne se contente pas d'aligner les clichés habituels. Ziggi y glisse une malice et une finesse d'écriture qui élèvent le propos au-dessus de la fumée.
Elevation ne révolutionne rien, et c'est peut-être sa force. Un artiste au sommet de sa maturité, qui sait exactement ce qu'il veut dire et comment le dire. Les amateurs de roots moderne trouveront ici leur compte, entre club et méditation.