Le deejay jamaïcain Cleveland Laing, alias Lieutenant Stitchie, est décédé le 28 septembre à Kingston, emporté des suites d'un AVC survenu un an plus tôt. Figure emblématique du dancehall des années 80 devenue pilier du gospel reggae, il laisse derrière lui quatre décennies d'une carrière singulière.
Né à Spanish Town le 29 septembre 1965, Cleveland Laing de son vrai nom aurait dû souffler ses 61 bougies ce lundi. La vie en a décidé autrement, lui volant son dernier souffle la veille, dans un hôpital de Kingston où il luttait depuis des mois contre les séquelles d'un AVC dévastateur.
Avant de devenir l'homme de foi que beaucoup ont connu, Stitchie fut d'abord un pur produit des sound systems de Spanish Town. Professeur de biologie le jour, deejay la nuit, il gravit les échelons aux côtés de Papa San et Wickerman sur le circuit impitoyable des sounds. Son nom de scène ? Un accident d'imprimerie sur un label de disque. Le destin, déjà, qui s'amuse. En 1986, son tube "Wear Yuh Size" le propulse sur le devant de la scène jamaïcaine. "Natty Dread" restera quatorze semaines en tête des charts. Atlantic Records lui ouvre ses portes en 1988, faisant de lui l'un des premiers artistes dancehall à signer sur une major après Yellowman.
Puis vint le tournant. Août 1997 : un accident de voiture sur la route de Montego Bay, des blessures, et un jeune Canadien qui lui tend une Bible. Stitchie sort de cette épreuve transformé. Le deejay aux textes humoristiques et aux multiples voix de personnages devient un soldat de Dieu. Il abandonne le dancehall pour le gospel reggae, sans jamais renier son passé ni perdre le respect de ses pairs.
En 2021, la Jamaïque lui décernait l'Ordre de Distinction. Aujourd'hui, nous, les amateurs de reggae, saluons un homme qui aura traversé deux mondes musicaux avec la même authenticité. Lieutenant Stitchie n'a pas changé de route : il a simplement trouvé une autre destination.