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Takana Zion
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Takana Zion

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Biographie

Mohamed Mouctar Soumah naît le 30 juin 1986 à Conakry, capitale d'une Guinée encore marquée par les décennies de régime autoritaire de Sékou Touré. Le gamin grandit bercé par les récits d'un pays qui fut le premier d'Afrique francophone à arracher son indépendance à la France, en 1958. Une fierté nationale qui ne s'est jamais éteinte malgré les désillusions politiques. Très tôt, le jeune homme développe une conscience aiguë des inégalités qui rongent sa terre natale. Il comprend que la parole, mariée au rythme, peut devenir une arme. Il choisira plus tard un nom de scène qui ne laisse aucune place à l'ambiguïté : Takana, littéralement « détruis la ville » en soussou.

Ses premiers pas musicaux se font dans le rap et le dancehall guinéens, où il forge sa voix et son flow. Mais c'est le reggae qui finira par l'appeler, comme une évidence spirituelle. Au milieu des années 2000, Takana quitte Conakry pour Bamako, attiré par la réputation de Brother Sam, doyen des rastas ghanéens. Dans la capitale malienne, il écume le mythique magasin Studio One Africa, à Medina Coura, où il s'immerge dans les classiques jamaïcains et affine une technique vocale qui lui vaudra bientôt d'être surnommé « le Sizzla africain ». La comparaison n'est pas volée : même puissance de feu, même style singjay incandescent.

C'est à Bamako qu'il croise la route de Tiken Jah Fakoly et du producteur Manjul, deux figures qui décèlent immédiatement son potentiel. Manjul l'accueille dans son studio Humble Ark et l'invite sur son album Jahtiguiya. Ensemble, ils enregistrent Zion Prophet, qui sort en France en juin 2007 et pose les fondations d'une carrière internationale. La rencontre avec le guitariste jamaïcain Makkalox, via Pierpoljak, achève de connecter Takana aux racines caribéennes du genre.

Les années suivantes dessinent la trajectoire d'un artiste qui refuse de choisir entre l'Afrique et la Jamaïque. Invité à Kingston par Sam Junior Clayton des Mystic Revelation of Rastafari, il enregistre Rasta Government (2011), collaborant avec Capleton sur le titre « Glory ». Viendront ensuite des featurings avec Bunny Wailer et, plus tard, avec Sizzla lui-même, celui dont on le comparait depuis ses débuts, devenu ami et complice de scène.

En 2021, Human Supremacy confirme son statut de prophète du reggae africain : album roots enregistré à Kingston, porté par des singles comme « Energy » et « Dirigeants Aveugles », qui lui vaut le titre de meilleur artiste africain aux Victoires du Reggae. Le 2 octobre 2022, pour la fête de l'indépendance guinéenne, cinquante mille personnes se massent au stade de Conakry pour l'acclamer. Une consécration qui dépasse largement le cadre musical.

Takana chante en anglais, en français, en soussou, en peul et en malinké, passant d'une langue à l'autre comme on change de registre émotionnel. Avec Banjo Kafaan (2023), il surprend les puristes en s'aventurant vers l'afro, le R&B et le dancehall teinté de blues. Une façon de rappeler que le prophète n'est jamais là où on l'attend et que « détruire la ville », c'est peut-être aussi en reconstruire une autre.

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