REGGAE VIBES
Dezarie
actif

Dezarie

Partager

Biographie

Il y a des îles dont le nom n'évoque rien pour le grand public, mais qui, pour nous amateurs de reggae, résonnent comme des terres promises. Sainte-Croix, dans les Îles Vierges américaines, fait partie de ces viviers improbables où la foi rasta et le roots le plus pur ont trouvé refuge, loin des circuits commerciaux de Kingston ou des studios climatisés de Miami.

C'est là qu'est née Dezarie, quelque part entre les alizés caribéens et les échos d'un reggae vintage qui refuse obstinément de se moderniser. Et c'est précisément ce qui fait sa force. Au tournant des années 2000, alors que le dancehall numérique envahit les ondes et que le roots semble condamné à n'être qu'un souvenir nostalgique, cette chanteuse émerge avec une proposition radicale : revenir aux sources, sans compromis ni fioritures digitales.

Son parcours débute dans l'ombre tutélaire de Midnite, ce groupe culte de Sainte-Croix mené par Vaughn Benjamin, prophète roots dont l'influence sur la scène locale est comparable à celle d'un Bob Marley insulaire. En 2001, Dezarie pose sa voix sur l'album Nemozian Rasta et apparaît sur plusieurs compilations qui circulent dans les cercles initiés : Talkin'Roots, Weep Not, Culturellenium II. La même année, Atlanta lui décerne le prix de meilleure nouvelle artiste reggae féminine. Un signe qui ne trompe pas.

L'année suivante, Fya sort sur I Grade Records, produit par Laurent "Tippy" Alfred avec Midnite en backing band. Le son est brut, organique, ancré dans les seventies jamaïcaines : basse monumentale de Phillip Merchant, one-drop imperturbable de Dion Hopkins, claviers bouillonnants de Ron Benjamin. Dezarie y déploie un timbre d'une clarté saisissante, qui évoque ces grandes voix roots féminines trop souvent reléguées au second plan de l'histoire officielle du reggae.

Gracious Mama Africa confirme cette trajectoire : textes conscious, plaidoyers pour la justice sociale, condamnations sans appel de Babylone. Des titres comme "Poverty", "Law Fe De Outlaw" ou "Slew Dem An Done" frappent avec une puissance tranquille, portés par cette voix qui semble surgir d'une époque révolue tout en parlant au présent.

Suivront Eaze The Pain (2008), The Fourth Book (2010), Love In Your Meditation (2014) et Guardian (2024). Une discographie cohérente, exigeante, qui refuse les modes passagères. Dezarie reste une artiste confidentielle, trop peu reconnue hors des cercles roots, mais ceux qui l'ont découverte savent qu'ils tiennent là l'une des voix féminines les plus authentiques de sa génération. Une impératrice sans couronne médiatique, mais avec une foi intacte.

Discographie

Dezarie apparait aussi sur…

Publications