Biographie
Il y a des artistes qui portent leur héritage comme un fardeau, d'autres comme un étendard. Aleighcia Scott, elle, le porte comme une évidence, celle d'une femme née à Cardiff avec la Jamaïque dans le sang, le gallois sur les lèvres et le reggae chevillé au corps.
Fille de la diaspora Windrush, cette génération de Caribéens venus reconstruire la Grande-Bretagne d'après-guerre, Aleighcia grandit bercée par deux cultures que tout semblait séparer. D'un côté, les vallées galloises et leur langue millénaire. De l'autre, Kingston, les sound systems et le patois. Là où d'autres auraient choisi leur camp, elle décide de bâtir un pont.
Le déclic musical vient tôt, mais la reconnaissance prend son temps. Dans l'industrie reggae britannique, largement dominée par les hommes et les puristes londoniens, une chanteuse galloise qui mélange les langues détonne. Qu'importe. Aleighcia affûte sa voix, cette chose chargée de soul qui évoque autant Phyllis Dillon que les grandes chanteuses roots contemporaines. Elle écume les scènes locales, forge son identité sonore, refuse les compromis.
En 2023, son album Windrush Baby, produit par RoryStoneLove, confirme l'essai. Numéro un sur iTunes Reggae, nommé au Welsh Music Prize, considéré pour les Grammy. Le disque raconte son histoire familiale sur fond de one-drop et de mélodies vintage, quelque part entre le Studio One des grandes heures et la scène revival britannique actuelle.
Depuis, Aleighcia Scott a ouvert pour Julian Marley et Soul II Soul, foulé les planches de Glastonbury et du mythique Dub Club jamaïcain, accompagné Lila Iké en tournée. Elle anime une émission hebdomadaire sur BBC Radio Wales et remplace régulièrement le légendaire David Rodigan sur 1Xtra, excusez du peu.
Mais réduire Aleighcia à ses accomplissements musicaux serait passer à côté de l'essentiel. Coach victorieuse de Y Llais (la version galloise de The Voice), ambassadrice officielle de l'apprentissage du gallois, elle sera intronisée en 2025 au Gorsedd Cymru, l'une des plus hautes distinctions culturelles du pays de Galles.
Son reggae à elle ne cherche pas à imiter Kingston, il dialogue avec. Il prouve que cette musique, née dans les ghettos jamaïcains, appartient à tous ceux qui en comprennent l'essence : la résistance, l'identité, la fierté des racines. Aleighcia Scott chante en gallois et pense en jamaïcain.