REGGAE VIBES
Covers
ALBUM

Covers

Blundetto
Date de sortie 21 août 2026
Disponible sur
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Tracklist

1
Winning a battle, losing the war feat. Prendy
3:14
2
Nothing but everything feat. Prendy
3:35
3
Sharing the night together feat. Prendy
2:54
4
Everything I Am is yours feat. Prendy
3:20
5
One more cup of coffee feat. Prendy
3:06
6
To Be A Man feat. Prendy
3:52
7
The Dub Battle feat. Prendy
2:40
8
Nothing But Dub feat. Prendy
2:37
9
Sharing the Dub feat. Prendy
2:43
10
Everything I Dub feat. Prendy
2:49
11
One More cup of Dub feat. Prendy
3:07
12
Dub A Man feat. Prendy
3:08

Chronique

Il y a des disques qui arrivent sans prévenir et qui s'installent dans votre quotidien avec la discrétion d'un chat qui a trouvé son coin de canapé. Covers, la nouvelle collaboration entre Blundetto et Prendy, appartient à cette catégorie d'albums qu'on ne met pas fort, qu'on laisse tourner en boucle, et qui finissent par tapisser nos journées d'une mélancolie douce, presque réconfortante.

Depuis leur première association sur Away, Away en 2022, on savait que ces deux-là partageaient une vision commune : celle d'un reggae débarrassé de ses oripeaux festifs, tourné vers l'introspection plutôt que vers le dance floor. Mais là où leur précédente collaboration explorait des territoires originaux, Covers prend le parti inverse : revisiter six morceaux folk pour les habiller de riddims nonchalants et de nappes dub vaporeuses. 

Le choix des reprises, d'abord, intrigue et séduit. Exit les standards soul que la tradition jamaïcaine a tant et si bien digérés depuis les années Studio One. Blundetto et Prendy piochent ailleurs, dans un répertoire folk relativement confidentiel. Kings of Convenience, Jon and Roy, Villagers, Martin Luke Brown... Des noms qui ne feront pas sursauter votre oncle amateur de Bob Marley, mais qui partagent une même sensibilité : des textes intimistes, des mélodies en demi-teinte, une fragilité assumée. Le pari était risqué. Comment transposer la guitare acoustique scandinave de Winning a Battle, Losing the War dans l'univers du reggae sans la vider de sa substance ? Comment reprendre Dylan sans tomber dans la révérence paralysante ?

La réponse tient en un mot : l'espace. Blundetto, en producteur méticuleux qu'il est, a compris que ces chansons respiraient par leurs silences. Plutôt que de les noyer sous des cuivres ou des choeurs exubérants, il leur offre un écrin minimaliste. Les riddims sont posés comme des nappes de brume, la basse ronronne plus qu'elle ne claque, les échos de réverbération s'étirent jusqu'à frôler l'ambient. Prendy, de son côté, adapte son chant à cette économie de moyens. Sa voix ne cherche jamais à impressionner ; elle caresse les mélodies, épouse leurs contours avec une justesse qui force le respect.

One More Cup of Coffee, le classique de Dylan tiré de Desire, illustre parfaitement cette approche. Là où d'autres auraient cherché à rivaliser avec l'original en surchargeant la production, Blundetto fait exactement l'inverse. Il déshabille le morceau, le ralentit, lui retire ses atours gitans pour n'en garder que l'ossature émotionnelle. Et miracle : la chanson y gagne en intimité. On redécouvre ces paroles énigmatiques sur cette femme dont le coeur est "comme un océan, mystérieux et sombre", portées par un riddim qui semble flotter hors du temps.

Le vrai coup de maître, cependant, reste To Be a Man de Martin Luke Brown. Ce texte sur la masculinité fragile, sur ces hommes qui ne savent pas demander de l'aide et s'effondrent en silence, trouve dans le reggae un véhicule inattendu mais bouleversant. La douceur du riddim contraste avec la gravité des mots, créant une tension émotionnelle qui vous cueille par surprise. "Won't someone hold my hand" répète Prendy, et cette supplique résonne longtemps après que la musique s'est tue.

Covers est un disque précieux pour qui saura l'écouter dans les bonnes conditions. Seul, un casque sur les oreilles, quand la nuit tombe et que le monde extérieur s'efface. À deux, peut-être, pour ces moments où les mots deviennent superflus. C'est un album de textures plus que de tubes, d'atmosphères plus que d'hymnes. Un disque qui vous offrira un refuge ouaté où il fait bon se perdre.

Les amateurs de reggae ont parfois tendance à attendre de cette musique qu'elle nous fasse danser ou qu'elle nous galvanise. Covers nous rappelle qu'elle peut aussi, simplement, nous tenir compagnie dans nos silences.